Népal, Katmandou et un trek dans le Langtang

Faire la file pour embarquer vers le Népal est une expérience en soi. Ca presse, ça pousse, ça dépasse de partout. Ils ne savent visiblement pas que l'avion ne décollera pas tant que tout le monde n'est pas monté à bord. Ce sera la même chose à la sortie, évidemment (l'avion ne risque pourtant pas de repartir avec quelqu'un qui n'est pas descendu).

Airport

L'atterrissage à l'aéroport "international" de Katmandou (KTM) est impressionnant. Plus on approche, plus les montagnes sont valonnées, on aperçoit de plus en plus d'habitations et de stupas, jusqu'à découvrir un capharnaüm de constructions bétonnées et de rues grouillantes, juste sous nos roues.

Avant cela, les trous d'air au dessus de l'ouest de l'Inde semblaient déjà annoncer la couleur du reste du voyage. J'ai littéralement décollé de mon siège, seulement retenu par la ceinture. C'est bien la première fois que j'ai une appréhension à bord d'un avion et que je dois m'accrocher au siège.

Avion

Je descend à même la piste, et je peux voir un avion (je ne sais plus la compagnie, une compagnie qui "assure" des vols internes) dont la carlingue est rouillée. Rassurant.

Vu que j'ai réservé un trek, la société m'envoie un chauffeur. C'est plutôt opportun, car des centaines de personnes attendent à la sortie de l'aéroport pour tenter de vous décrocher une course en ville. Après 16 heures de voyage, c'est appréciable d'éviter la cohue.

Je réalise vite que je tombe dans un des pays des plus pauvres du monde, la claque est violente (d'autant plus en faisant escale à Adu Dhabi, où les voitures sur les pistes sont en partie des BMW série 7).

La petite voiture d'un autre âge n'a pas de ceinture à l'arrière. Les sièges sont troués. L'autoradio est accrochée tant bien que mal au tableau de bord.

Dès la sortie de l'aéroport, on tombe sur une route de terre ou s'amoncellent des détritus. Je vois un vendeur avec son chariot sur un tas de déchets de plusiuers mètres carrés, sur une épaisseur d'au moins 20 centimètres.

Direction l'hébergement Yellow House, à proximité de Thamel. J'avais trouvé cet endroit sur internet, mais l'idéal pour la suite est d'avoir un guide (j'avais le Lonely Planet, même si je tends à le déconseiller, victime de son succès tout le monde se rue sur leurs recommandations).

Arrivé sur place, il est déjà tard, j'observe la ville depuis les escaliers qui mènent à l'étage, et sous mes yeux, tout s'éteint, telle une panne de courant.

Le lendemain, mon téléphone est toujours à plat, alors que je l'avais mis charger. J'apprends vite qu'il s'agit des périodes de délestages qui sont d'application à la saison sèche. En effet, KTM se base sur l'énergie hydroélectrique. On peut trouver dans chaque guesthouse un petit agenda de la semaine concernant les coupures d'électricité. Les coupures durent jusqu'à 16 heures par jour à cette période de l'année.

La nuit coûte 4 à 5 dollars US. Se déplacer dans la ville ou en dehors ne coûte rien, on peut rouler pendant 6 heures en bus pour 20 cents. Bon, après 6 heures, vous n'aurez peut-être fait que 30 kms, vu l'état des routes, et les arrêts fréquents.

Le lendemain, rendez-vous à l'agence de trek Celtic Trekking et ensuite direction la location de matériel vu que je n'ai pas de duvet.

Départ le sur-lendemain. On prend la direction de Dhunche, situé à environ 200 kms de KTM. On estime à 8 heures le trajet dans un bus Tata 4x4 conduit par un gamin qui a 16 ans à peine, et qui roule évidemment en tongues. Dans les faits, il nous faudra 10 heures et les 80 premiers kilomètres étaient pliés en 2 heures environ, la route étant en tarmac dans la plaine de KTM... Il faudra une éternité au bus pour démarrer, il fait étouffant. Ensuite il fera encore plusieurs arrêts dans KTM pour être sûr d'être à pleine capacité avant d'enfin démarrer. A savoir, si vous mettez votre sac sur le toit, il sera probablement un peu plus léger à l'arrivée, vu le nombre de personnes s'installant sur le toit, et se servant.. J'ai payé double et mon sac avait ainsi son propre siège. C'est peut-être une attitude de touriste occidental, mais vous ne voulez pas découvrir que vos gants manquent à l'appel quand vous en avez besoin.

LeBus

Peu après avoir entamé la route de terre, on se retrouve bloqué derrière un camion qui transporte des tonnes de graviers et qui est embourbé. Il faudra patienter une bonne demi-heure que les locaux trouvent une astuce. Ils trouveront une grue plus loin qui viendra pousser le camion afin qu'il redémarre.

Après quelques heures de routes, à l'entrée d'un (des nombreux) tournant, on voit un attroupement de personnes, et soudain une voiture sur le toit quelques mètres plus bas. Plus de peur que de mal visiblement. Environ 5 kilomètres plus loin, c'est cette fois-ci un bus qui a fait un tout-droit et s'est encastré dans une pierre d'un bon mètre cube. A croire d'ailleurs que cette pierre avait été mise là pour éviter que les véhicules qui oublient de tourner ne se retrouvent quelques centaines de mètres plus bas. Cet accident là ne datait visiblement pas du jour même, le bus était vide et avait probablement été laissé là de manière "temporaire définitive" (la notion du temps au Népal est assez particulière).

A l'heure du déjeuner, nous nous arrêtons dans un genre de resto-route pour locaux. Au menu, uniquement du dalbat. J'ai terminé de manger, je marche un peu, à proximité du bus quand ce dernier démarre, alors que tout le monde n'est pas remonté à bord. Je me mets au milieu de la route et crie au chauffeur de s'arrêter. Le chauffeur m'ordonne de dégager le chemin. Arrive alors mon guide de la manière la plus nonchalante possible, il monte paisiblement dans le bus, s'explique avec le chauffeur quelques instants et nous reprenons la route.

Les trois dernières heures seront un cauchemard, car il commence à pleuvoir. Ca s'intensifie progressivement. Le bus frôle le ravin constamment. Moi et mon sac sommes installés dans les premiers sièges, je peux clairement voir la route. Enfin, sauf à cet instant où la route descend de manière assez prononcée, et que je ne vois plus qu'un torrent d'eau boueuse. Le "pilote" (nous l'appelerons comme ça dès maintenant) sait que son bus en a vu d'autres, probablement. Je passerai la dernière heure la tête collée contre le siège face à moi, je ne regarde plus la route et je me demande ce que je fais là. J'imagine un genre de graphique avec une courbe qui indique le risque de mourir au moment présent. A ce moment, je me dis que la courbe sort du graphique.

Après 10 bonnes heures, nous arrivons. Enfin, pas vraiment. Mon guide explique que Dhunche est à 5 kms de là, qu'une route existait mais qu'il y a eu un glissement de terrain récemment, et donc qu'on va devoir traverser ce passage et marcher pour enfin arriver à notre première destination.

Nous marchons pendant 500 mètres, la pluie ne discontinue pas même si ce n'est plus l'averse de la dernière heure de bus. Des locaux traversent le chemin de 200 mètres qui s'est dessiné progressivement, on voit que le glissement de terrain est récent.

C'est alors que nous entendons un bruit sourd, mon guide me dit de ne plus avancer. Le bruit continue, boum.. boum.. boum.. c'est alors qu'un rocher d'au moins 3 mètres sur 2 dévale devant nous à toute vitesse. C'est difficile d'imaginer, mais c'était aussi rapide qu'un véhicule sur une route locale chez nous. Sauf qu'il s'agissait d'une roche de plusieurs tonnes. Encore quelques instants avant, des locaux étaient exactement à cet endroit du chemin. Mon guide indique que nous ne traverserons pas aujourd'hui, que c'est trop dangereux. Les locaux continuent la traversée, dont cette dame qui transporte du fourrage sur le dos. Elle est donc courbée vers l'avant et ne peut voir que ses pieds et quelques mètres de chemin devant elle. C'est alors qu'une pierre de 50 cm dévale et lui frappe la jambe. Un local à côté de nous s'amuse de la situation, j'ai envie de l'étrangler. La dame a la jambe en sang, elle reprend son chemin en boitant et s'arrête à côté de nous. A première vue pas de fracture, mais une blessure qui l'empêchera probablement d'aller chercher du fourrage pendant plusieurs jours.

Mon guide m'indique donc que j'ai plusieurs choix qui s'offrent à moi. Soit dormir dans l'abri de fortune juste à l'endroit où le bus s'était arrêté (nous sommes à 2000 mètres). L'abri fait 1m20 de haut, constitué de tôles ondulées et de bâches. Il fait froid et très humide, il pleut toujours. Le second choix est de dormir dans le bus. Le dernier choix est de marcher vers le village précédent à environ 5 kms. Sous une pluie battante. Le choix est vite fait, ce sera le bus pour cette nuit.

Nous mangeons dans l'abri devenu restaurant. La boisson locale est le thé, que j'appelle plutôt "jus de foin". Ce n'est pas terrible, mais j'en reprendrai une tasse, il fait trop froid.

La nuit dans le bus est une catastrophe. Je suis étendu sur les 4 sièges, avec la moitié de mon corps qui repose dans le vide du couloir central. Je serai réveillé par un grand allemand qui avait un besoin pressant, mais qui n'était visiblement pas assez grand, ou pas assez réveillé, pour parvenir à m'enjamber sans m'attraper la jambe, et risquer de s'étaler dans le couloir central. Pendant ce temps là, le chauffeur du bus ronfle.

Bus première nuit

Au milieu de la nuit, je me réveille avec le dos (et le sac de couchage) complètement mouillés. J'ai dormi contre la fenêtre. La pluie n'a pas arrêté, et l'eau s'est infiltrée dans le bus vu l'absence de quelconque isolation des vitres.

Le lendemain matin, on reprend la route pour finalement arriver après 2h30 de marche à ce qui était censé être notre point de départ : Dhunche.

On traverse ce village loin de tout, il fait encore un peu frais, je supporte bien mon pull polaire. Et là je vois un gamin sortir de chez lui, pieds nus, en t-shirt, et nous offrant un grand sourire.

On passera la première vraie nuit au Durali Hotel à 2300 mètres.

Le lendemain, je déjeune à peine.

Il n'y a pas de douche, encore moins d'eau chaude. Il y a juste une source d'eau face à l'hotel, coulant directement de la montagne. Je prends donc mon premier bain à l'eau de source. L'eau ne doit pas dépasser les 5°C.

Nous entamons le trek qui nous ménera à Laurebina Pass, à 4612 mètres, nous dormons à l'hotel Mount Rest à 3900 mètres.

Le lendemain nous arriveront aux lacs Gosainkund (4400 mètres), ce qui est censé être un des points de vue les plus impressionnants du treks. En principe.

En effet, avant d'y arriver, nous marcherons pendant 5 à 6 heures sous une pluie battante glaciale et un fort vent de face. Dans la dernière heure, j'atteins mes limites, à un moment je fais une pause derrière un rocher, ce qui me permet d'être à l'abri du vent et de la pluie quelques instants. Je ne sais même plus fermer mon poing complètement, ça fourmille dans mes doigts et mes avant bras. Une fois arrivé aux lacs, on ne voit quasiment rien, un brouillard épais nous permet à peine de distinguer les lacs.

On reprend la route pour finalement arriver à notre hotel (Danababy Red Panda), situé à 3700 mètres. Je suis gelé, je me colle au poêle à bois tant que possible, mais rien n'y fait. Cette sensation d'être refroidi de l'intérieur, couplé au mal de tête persistant présent depuis le 2ème jour ne sont pas encourageants, mais j'ai tout de même le sourire.

Le jour suivant, on peut voir du ciel bleu. On dort à nouveau plus ou moins à la même altitude, au Sumcho Top Lodge, à Thatepati, à 3640 mètres.

Le lendemain, nous continuerons la route vers l'hôtel Namaste, où ils ont de l'eau tiède ! Ils ont des panneaux solaires et une réserver d'eau sur le toit exposée au soleil. Ce sera ma vraie première douche après 6 jours de trek.

Nous continuerons le lendemain notre descente, la journée sera rude, nous passerons en effet la nuit à l'hôtel Chipling, à 2150 mètres.

La destination suivante sera Chisopani (qui signifie "eau froide"). Durant cette journée, les vues sur l'Everest sont magnifiques. L'hôtel "Chisopani" (ils ont longtemps cherché pour le nom) donne une vue sur une magnifique vallée, et ce même depuis la douche (dont l'eau sera à nouveau froide, évidemment).

Le dernier jour sera une descente assez rude, dans la vallée de KTM. On longe à un moment la centrale hydroélectrique qui dessert KTM. De fait, le débit est très faible, je comprends un peu mieux les délestages.

Ganesh Himal

Je passerai les derniers jours à l'hôtel Ganesh Himal. L'accueil y est sympatique, tout me semble plus comfortable, plus savoureux. Je ne sais pas si le restaurant était excellent, où si c'était la diète de 9 jours qui avait provoqué ça, mais je me souviens encore mon premier repas chez eux.

Je visiterai les environs, ses nombreux Durbar squares et les différents lieux de cultes bien connus.

Parmis les lieux de culte, le plus grand Stupa asiatique nommé Bodhnath, mais aussi Pashupatinath, le temple est interdit aux touristes (et c'est probablement une bonne chose).

Je tombe également en plein milieu du festival annuel Indra Jatra, célébrant Kumari Davi. En apprendre plus ici.